20 février 2007

Balladur, Delarue, Gynéco : les nerfs à vif

Je ne sais pas bien ce qui se passe en France en ce moment. Est-ce l'approche des élections présidentielles ? Ou celle de la grippe aviaire qui s'installe dangereusement aux portes de l'Europe ? Mais il se fait sentir une certaine nervosité trouble, qui s'est récemment manifestée par une série d'explosions de violence chez des gens qui nous avaient habitué, jusque-là, à une certaine douceur.

Honneur à notre ancien Premier ministre : j'ai nommé le ronronnant Edouard Balladur. Celui-ci a, en effet, tenu, le 13 février dernier, des propos plein d'affection envers notre Président bien-aimé, Jacques Chirac. Le Canard Enchaîné, dans son édition du 14 février, n'a pas manqué de les reproduire soigneusement, sans doute en hommage à tous les amoureux. Déclaration d'amour d'Edouard à Jacques :

"Ce type est un menteur, il ment sur tout. Il ment en disant qu’il n’est pas rancunier. Cela fait douze ans qu’il réserve sa rancune aux balladuriens et à Nicolas Sarkozy, sans parler de celle qu’il a vouée à Giscard. Il ment en m’accusant d’avoir voulu pactiser avec le Front National. C’est faux, archi faux. Ce type est vraiment un minable. Il m’accuse d’être vaniteux, je le suis peut-être mais sans doute moins que lui. Car lui n’aime que les titres et les hautes fonctions. Qui plus est, cela ne fait pas quarante ans que je me vautre comme lui dans les honneurs, les prébendes et les palais nationaux, et cela ne fait pas quarante ans que je vis aux frais du contribuable".

Chacun rêverait de recevoir des mots aussi pleins de tendresse pour la Saint-Valentin. "Ce type est vraiment un minable", assure donc Edouard, qui sait bien qu'en amour, il est bon de parfois sortir les griffes... Bon d'accord, ce n'est pas vraiment très gentil tout ça. Mais l'intéressé ne l'a-t-il pas un tout petit peu cherché quand même, en balançant son ex-"ami de trente ans" à Pierre Péan et aux lecteurs de son futur best-seller, L'Inconnu de l'Elysée, révélant qu'il avait voulu pactiser avec le diable, le Front National (puisque tel est bien le motif de cette scène de ménage), afin que la droite remporte l’élection présidentielle de 1988 ? Pas très sport, en tout cas, de poignarder ainsi dans le dos le mentor de son successeur désigné... Nicolas Sarkozy.

Jacques Chirac, il est vrai, peut se prévaloir, de son côté, d'une pureté morale vis-à-vis du Front National absolument irréprochable. C'est ainsi qu'il réaffirme, dans sa confession à Pierre Péan, son allergie pour Jean-Marie Le Pen, dont rend d'ailleurs bien compte la photo ci-dessous, prise en août 1987 :

En short, et sous le soleil, l'allergie se fait sans doute moins sentir... la tolérance augmente... Il paraîtrait même, à en croire un certain Yves-Marie Adeline, candidat royaliste à l'élection présidentielle, que Jacques Chirac était prêt à pactiser avec le FN aux élections régionales de 1998, mais que Jean-Marie Le Pen a finalement refusé l'accord. Voir cette interview vidéo (à partir de la 4e minute). Cette histoire aurait été confirmée par le journaliste du Figaro Eric Zemmour. Si elle est vraie, elle a bien de quoi mettre les nerfs à Edouard !

Mais quoi qu'ait fait Chirac, il reste un être pur, qui a, comme il se doit, le racisme de Le Pen en horreur, et y voit "un profond danger", dans la mesure où il "joue avec les instincts humains les plus bas." Notre Président, quant à lui, s'est toujours gardé de flatter nos plus bas instincts, et s'est toujours tenu éloigné de tout racisme et de toute xénophobie, comme en témoigne cette vidéo célèbre sur "le bruit et l'odeur" des immigrés polygames qui viennent profiter de l'argent des Français...

"Ce type est un menteur, il ment sur tout", prétend Edouard, échaudé. C'est exagéré. Chirac, la main sur le coeur, est sincère lorsqu'il s'offusque du pillage de l'Afrique, dont on a volé la "culture", les "ressources", la "main d'oeuvre locale", et les "intelligences". On se demande seulement pourquoi François-Xavier Vershave, président de l’association Survie et auteur de Noir Chirac, ne se montre pas plus reconnaissant à son endroit ; voici, en effet, comment il le décrit : "Jacques Chirac est au coeur de la Françafrique prédatrice, corruptrice, pétrolière, barbouzarde. [...] Longtemps secondé par Charles Pasqua, puis héritier de Jacques Foccart, Jacques Chirac est depuis un quart de siècle l’homme fort de ce dispositif de négation des indépendances africaines. [...] Protecteur et "frère" des dictateurs néocoloniaux africains, Chirac ne peut être dissocié de leur criminalité économique et politique."

Voilà. Chichi-Balla : 1-1. Balle au centre. Chirac n'est décidément pas épargné en ce moment, puisqu'il vient tout juste de recevoir une attaque post-mortem de la part... de Maurice Papon ! Le webzine Les 4 vérités présente, en effet, une vidéo exclusive, la dernière de Papon avant sa mort, réalisée en octobre 2006, où le vieux monsieur accuse Jacques Chirac d’avoir, en 1969, détourné une malette de dollars préparée par l’ambassadeur de l’Arabie Saoudite en France, et qui était destinée à financer la campagne de Georges Pompidou. Une casserole de plus ou de moins... La méchanceté et les règlements de compte ne s'arrêtent donc jamais, même pas avec la mort...

Restons dans la galaxie UMP, qui ne tourne vraiment pas rond ces derniers jours, avec le pétage de plomb impressionnant du néo-sarkozyste Doc Gynéco, dans les locaux de la radio rock Oui-FM. Le rappeur s'en est très violemment pris à un dénommé Mathieu, membre de l'équipe de Johann Roques, qui a d'ailleurs rendu compte de cet incident sur son blog. La scène a été entièrement filmée. Un grand moment de fraternité humaine. Extrait de la poésie dont est capable l'ancien protégé de Marc-Olivier Fogiel, à l'époque ramolli du bulbe, aujourd'hui féru de sarkozysme, dont il a su manifestement tirer un certain dynamisme : "Je te couche et je le couche après... Fermez vos gueules, arrêtez de faire les clowns... On va te plier en deux, on va te faire manger tes lunettes, j'vais t'arracher tes couilles, j'vais te bouffer le cul, j'vais te lécher la chatte ! Fais attention !" Tout un programme... Et de renchérir, toujours très peace and love : "Imbécile, tu veux mourir ! Nous, on rigole plus maintenant... Fais attention... Si y a quelqu'un qui est chaud ici, on va le refroidir tout de suite..." Sarko, qui veut karchériser la "racaille", dispose là d'un spécimen de choix sur lequel il peut s'exercer...

Entre l'exilé fiscal le plus célèbre de France, un raciste qui veut stériliser l'Afrique, un rappeur qui fait sa racaille, un ancien mitterrandien, flic sur TF1, qui, lui aussi, a récemment fait montre de toute son agressivité... le candidat de l'UMP a bien choisi ses peoples.

Mais où diable est-il donc possible de trouver un peu de paix, un peu d'amour, au milieu de ces jours trop tendus ? Chez les hommes de Dieu, pardi ! Pas de bol : en ouvrant son Figaro le 16 février, on pouvait lire ceci : «Les homosexuels ont des problèmes médicaux de type génétique ou des problèmes de pulsions. Il faut donc mettre des pa­rapets, des limites, ou alors on de­vient une société décadente avec des zoophiles et des pédophiles.» Parole rassembleuse de toute l'humanité dans son unicité, parole d'amour qui fait du bien, signée du grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag...

De l'air ! De l'air ! Où trouver enfin un brin de sérénité, de bon sentiment, de good vibes ? Mais suis-je bête : à la télé bien sûr ! Chez nos animateurs adorés, qui, nous le savons, nous aiment si fort... Mais voilà que j'ai le malheur de tomber - par le plus grand des hasards - sur le site de l'Express du 19 février, et là je suis atterré, défait, consterné... J'apprends l'impensable : Jean-Luc Delarue lui-même a pété une durite. Le héros du PAF qui a pris la relève d'Evelyne Thomas, sur France Télévisions à la mi-journée, dans le rôle de l'animateur sympa proche des gens et de leur quotidien, eh bien, même lui, même Jean-Luc est capable de se transformer en bête sauvage... Morceaux choisis d'un récit absolument surréaliste :

"L’animateur télé s’est envolé mardi dernier pour Johannesburg en Afrique du Sud. Mais souffrant d’une peur panique de l’avion, il avait ingéré avant le décollage un cocktail d’alcool et de tranquillisants qui n’a pas tardé à produire ses effets délirants. Dans un état extrêmement survolté, zigzaguant entre les sièges, Jean-Luc Delarue a insulté l’équipage ainsi que sa propre compagne, giflé une hôtesse de l’air et mordu un steward. Il a également importuné des jeunes femmes de l’équipe féminine de football algérien qui se rendaient à un match organisé en Afrique du Sud. Pour le maîtriser, le personnel de bord a dû l’attacher avec des menottes jusqu’à l’atterrissage de l’avion. [...] L’animateur semble coutumier de ces coups de folie. Il y a quelques années, il s'était rendu au Sénégal... Il avait cette fois aussi insulté le commandant de bord et frappé les passagers avec un saumon de plusieurs kilos qu’il avait acheté avant son départ."

Vous imaginez la scène ? Delarue cognant sur les passagers d'un avion avec un saumon géant ! Delarue mordant un steward ! Delarue importunant des footballeuses algériennes ! C'est digne des scènes les plus délirantes du film mythique Y a-t-il un pilote dans l'avion ?. Je crois que Joey Starr et Samy Naceri ont trouvé là leur maître... Irrésistible Jean-Luc !

Mais avec tout ça, je n'ai toujours pas trouvé mon lieu de repos, de bienveillance, et de réjouissance, dans cette France médiatique transformée en gigantesque fight club. A moins que... J'ai, en fait, découvert depuis quelques temps une oasis de paix et de bonheur sur le Web, qui s'appelle ZeroTV, "la télé à l'avant garde d'elle-même" ; une création qui offre une réelle fraîcheur et une bonne humeur tellement réconfortante et plaisante ! Je leur fais là un peu de publicité, ils ont l'air de manquer un peu d'audience... Parmi leurs programmes phares, on trouve les ZeroNews, brassages de vent brillants, commentaires de l’actualité en passant, toujours dans une atmosphère assez unique et réjouissante, et puis les fameux "castings sauvages" de Cyril Skinazy, de la drague filmée dans les rues de Paris, projet assez osé, mais fort revigorant et subtil. Une idée d'évasion numérique, pour échapper, quelques instants, à ce monde de brutes.

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