30 décembre 2006

En attendant 2007... et le nouvel album !

Une jolie version de "Stumbleine" (Mellon Collie)



Une énième version de "Pug" (Adore), dont je ne me lasse décidément pas



Un extrait plein de bonne énergie d'un show de Conan O'Brien en 1997, où l'on retrouve l'enthousiaste "Muzzle" (Mellon Collie)


Près de 13 minutes d'un live à Londres en 1994, avec le très nerveux "Silverfuck" (Siamese Dream) et surtout... un petit extra à la fin... tout bonnement monumental... monstrueux... débordant d'une puissance magique. Et quelques hurlements corganiens magnifiques. Quels souvenirs !

07 décembre 2006

Kim Wilde... Kim Wilde... Ô... Kim...

Si je me remémore les premières musiques qui ont pénétré mes oreilles et qui y ont produit un petit effet, je ne rencontre ni Mozart, ni Barbara, ni Brassens, ni Dylan, ni Coltrane... je retrouve Kim Wilde... Au milieu des musiques pop british des eighties, genre Duran-Duran, Talk talk, ou Kajagoogoo...



... et puis de la variété française (très) caractéristique de l'époque, et puis du "hardrock" du premier Bon Jovi...




... s'invitent en ma mémoire la troublante voix et les hurlements de Kate Bush...



... et j'entends Laurent Voulzy nous chanter ses nuits sans Kim Wilde, et j'entends la belle Kim elle-même, et je la vois... se déhancher dans ses clips, sa blondeur, sa fraîcheur... son côté sauvage, un peu punk, et en même temps très pur... Ah la la... Kim Wilde... J'avais pas dix ans, je n'étais pas amoureux d'elle, mais je crois qu'elle m'évoquait l'amour...

"You keep me hanging on"


"View from a bridge"



"Kids in America"


J'avais oublié le regard... irrésistible... Bon, d'accord, je crois qu'on a tous été amoureux d'elle... C'était en tout cas un bien bon premier souvenir musical.

04 décembre 2006

Alain Soral, nouvelle tête pensante du FN et persona non grata à Sciences Po

Invité le samedi 2 décembre 2006 à la 59e Journée Dédicaces de Sciences Po, l'écrivain Alain Soral en a été chassé par la police, sur la demande du directeur de l'établissement, Richard Descoings. Alain Soral avait officialisé, quelques jours auparavant, son ralliement au Front National et à l'équipe de campagne de Jean-Marie Le Pen. Compte rendu de ces événements, analyse, et petite digression personnelle.

"Vous n'êtes pas toléré dans cet établissement", "Vous n'êtes pas désiré ici", "Vous êtes indésirable"... C'est ainsi qu'un policier a justifié à l'écrivain Alain Soral son expulsion du salon du livre qui se tenait à Sciences Po samedi dernier (vidéo de l'expulsion). Pourtant, le sulfureux pamphlétaire, connu pour ses positions républicaines et critiques à l'égard de tous les communautarismes (féministes, gays, arabes, juifs...), ou encore pro-palestiniennes et critiques vis-à-vis du sionisme, avait bel et bien été invité, parmi près de 130 personnalités.

Il avait, certes, reçu, la veille, le 1er décembre, un courriel de Richard Descoings, directeur de Sciences Po, qui annulait son invitation, au motif que sa venue faisait peser une menace à la fois sur lui-même et sur l'ensemble des participants (lire le mail sur le site de Soral). Si menace il y avait, pourquoi ne pas avoir demandé à la police de la prévenir, en entourant Alain Soral de sa protection ? Au lieu de cela, la police a bien été appelée, mais pour chasser l'homme menacé. Peut-on établir un parallèle avec la situation de Robert Redeker ? Au philosophe menacé, la police assure fort normalement une protection. Quant à Alain Soral, soi-disant menacé, il est chassé manu militari d'un salon littéraire par cette même police. Etrange traitement. Richard Descoings s'est expliqué - laborieusement - sur cette affaire Soral sur RSP.fm, la radio des étudiants de Sciences Po.

Censuré et intimidé

Alain Soral est, en effet, un homme en danger, qui s'est déjà fait violemment agresser. La première fois, c'était le 28 septembre 2004. Lors d'une séance de dédicace dans une librairie parisienne, une vingtaine d'individus armés de gourdins et de bombes lacrymogènes ont fait irruption, saccageant la boutique et blessant plusieurs personnes présentes sur les lieux (article du Nouvel Observateur). Soral s'en est sorti sans gros dégâts. La Ligue de défense juive a été suspectée d'avoir organisé cette expédition punitive. L'attaque faisait suite à la diffusion sur France 2, le 20 septembre 2004, de l'émission Complément d'enquête, où Alain Soral avait tenu des propos antisémites ; l'écrivain s'était dit, quant à lui, piégé par les journalistes, qui n'avaient retenu du long l'entretien à bâtons rompus qu'il leur avait accordé que les quelques secondes où il avait dérapé, où il avait, d'après lui, outrepassé sa pensée, et "qui pouvaient provoquer, selon ses propres termes, sa mort médiatique et aussi physique."

De fait, depuis cet incident, Soral est tricard dans les médias - un vrai paria - et semble apporter le danger partout où il passe. Le 13 septembre 2006, il a reçu un autre avertissement, en se faisant de nouveau agresser par deux individus en scooter, qui l'ont gazé. Cette agression faisait suite à sa visite au Liban, en compagnie de Dieudonné, Thierry Meyssan, Marc Robert et Ahmed Moualek. Le petit groupe, qui voulait rendre compte des terribles agissements de l'armée israélienne contre le peuple libanais, avait alors rencontré de très hauts dirigeants du Hezbollah.

Un marxiste chez Le Pen

Richard Descoings a donc officiellement viré Soral des murs de son école par peur d'incidents violents que l'agitateur aurait pu attirer sur sa personne. Mais ne peut-on pas aussi relier sa décision au récent "coming out" de Soral quant à son orientation politique ? En effet, même si la rumeur circulait déjà depuis quelques temps, l'information n'est officielle que depuis la semaine dernière : Alain Soral a annoncé, à travers deux interviews, l'une donnée le 27 novembre à la webradio québecoise Rockik.com, l'autre le 29 novembre au webzine Salut Public, qu'il avait rejoint l'équipe de campagne de Jean-Marie Le Pen. Et ce, depuis plus d'un an ! Information confirmée par l'intéressé le 1er décembre dans l'émission Les Grandes Gueules sur RMC.

Il définit lui-même, sur Rockik.com, son rôle au sein du FN comme celui d'un "conseiller technique", produisant des idées et du concept, "en charge des affaires sociales et des banlieues". Alain Soral a déjà eu l'occasion de marquer la pensée frontiste de son empreinte, à travers le fameux discours (texte ou vidéo) tenu par le président du Front National au pied du moulin de Valmy le 20 septembre dernier. La patte de Soral y était manifeste. C'est d'ailleurs ce discours soralien de Valmy, avec ses accents de réconciliation nationale, cette main tendue à tous les Français, notamment d'origine immigrée, qui avait séduit Dieudonné, ami de Soral qui se revendique "libre-penseur-sans-a-priori-voulant-juger-par-lui-même", et qui lui a fait envisager un possible ralliement futur avec le candidat Le Pen.

Le diagnostic de Soral, c'est que l'ultra-libéralisme mondialisé et les communautarismes détruisent la France ; selon lui, il y a convergence d'analyse entre les tenants du non au projet de constitution européenne, qu'ils soient communistes, chevènementistes, ou lepénistes. Pourquoi alors l'ancien militant au PCF, qui se réclame encore aujourd'hui du marxisme, n'a-t-il pas rallié l'extrême gauche ou encore Jean-Pierre Chevènement (d'autant qu'il se dit proche des idées du "Ché") ?

"En bon analyste marxiste, je dois admettre, dit-il sur salutpublic.fr, que les choses ne bougent pas grâce aux partis de gauche traditionnels qui ont renoncé à peu près à tout... Elles ne bougent pas à gauche ni à l’extrême gauche, où ne sévit plus que la sclérose d’un néo-communisme adolescent, essentialiste, esthétisant mal compris et mal digéré type LO, PT, LCR… Elles bougent dans le camp du populisme." Soral en tire cette "conclusion : je pense que l’engagement à la fois raisonnable et révolutionnaire pour agir contre les dégâts de l’ultra-libéralisme mondialisé et du communautarisme – communautarisme qui conduit à ce clash des civilisations dont a besoin l’ultra-libéralisme américain pour achever sa domination - c’est de s’engager aux côtés de Jean-Marie Le Pen à la prochaine présidentielle. Aucun renoncement ni délire dans ce positionnement, juste le viril et sain usage de la raison dialectique…"

La réconciliation : un slogan vide et naïf ?

Pour Soral, les anciens clivages politiques, vermoulus, sont à dépasser, dans une "révolution douce", qui passera par la réconciliation (mot qu'il a aujourd'hui constamment à la bouche, comme d'ailleurs son ami Dieudonné) : "C’est la réconciliation des ces deux forces révolutionnaires d’essences différentes mais complémentaires – réserves d’énergie de la jeunesse pauvre issue de sociétés patriarcales à haute teneur morale et raison pratique des adultes de la petite et moyenne bourgeoisie française – qui permettra le saut qualitatif." Soral veut réconcilier le peuple français avec lui-même, transcender les classes et les communautés, les faire communier dans l'idée de Nation, dont les principes fondamentaux seraient l'assimilation, le travail et la citoyenneté. C'est ainsi qu'il se définit lui-même comme un "national républicain", et déclare s'être rallié au FN par l'entremise de Marine Le Pen, qui, assure-t-il, partage ses positions nationales républicaines, sans qu'on puisse dire si elles sont de gauche ou de droite.

Soral croit au destin gaullien de Le Pen, qui, seul, dit-il, pourra sauver la France. Car lui seul reste encore radicalement hors du système. Soral, qui joue parfois les prophètes et se targue de ne presque jamais se tromper, croit à l'inéluctable accession au pouvoir du Front National, même si elle ne se produit pas en 2007. Au pire, le FN deviendra, nous annonce-t-il, le premier parti d'opposition de France, et pèsera au moins 25 %... Rendez-vous dans cinq mois pour juger des pouvoirs de prédiction d'Alain Soral.

Cas de conscience

D'aucuns rappelleront à Soral les dérapages commis par Le Pen il y a dix ou vingt ans, et qui lui ont valu d'innombrables condamnations judiciaires : l'histoire du "détail" (les chambres à gaz sont "un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale"), l'inégalité des races, les "sidaïques" prétendus contagieux par leur transpiration, leur salive, et assimilés à des lépreux, etc. Je lui rappellerai à mon tour ces meetings lepénistes, où des visages de gens basanés étaient projetés sur un écran géant, dans le seul but de les faire huer par le public... Ces scènes horribles ont été montrées dans de nombreux reportages. Beaucoup, je pense, s'en souviennent.

La question est : peut-on relativiser ces propos, les comprendre, transiger, les excuser ? Peut-on se réconcilier avec ceux qui les ont prononcés (dans le pardon christique que prône Soral) ? Peut-on leur tendre la main et les rallier ? Alain Soral, comme Dieudonné (qui, tout en restant plus distant pour le moment, semble prendre le même chemin), ont choisi de tendre la main. Souhaitons-leur, dans leur candeur, qu'ils ne se la fassent pas arracher !

"L'espoir" Dieudo-Le Pen

Soral et Dieudonné ont été ces dernières années diabolisés, boycottés par les médias, parfois caricaturés à l'excès. Ils en ont souffert. Ils ont développé naturellement de la haine, ou, du moins, un peu de rancoeur envers ceux qui leur ont fait subir un tel traitement. Leur but est aujourd'hui de faire sauter le Système. Le Pen est devenu leur espérance, car il leur apparaît comme le seul rebelle de la scène politique française ; et puis parce qu'il leur ressemble : vilipendé depuis plus de trente ans, incarnant à lui seul le Mal, il a porté sa croix comme eux, a fait montre d'une incroyable force de résistance, comme eux, d'un entêtement acharné, sans avoir jamais plié ou rompu sous les coups... Et tout ça crée une certaine solidarité - celle des parias. Au-delà des idées, ils se rejoignent en ce qu'ils s'estiment humainement, se considérant comme des honnêtes hommes, pris à parti par des lâches, des vendus, le bal des hypocrites.

Mais rien ne vaut la parole de Soral lui-même, qui, dans une interview filmée, déclarait espérer "une alliance objective entre tous les miséreux… Je vois se dessiner, disait-il, le rapprochement étrange entre la colère de Dieudonné et la colère des lepénistes… Est-ce que c’est pas ça la France qui peut se sauver demain, c’est un Le Pen et un Dieudonné qui se tendent la main et qui se mettent à se parler ?… Ces gens là ont peut-être les mêmes valeurs, valeurs de dignité, de travail… Le rapprochement Dieudonné-Le Pen, c’est l’abjection absolue de toute la boboitude standard, c’est la monstruosité absolue, or pour moi c’est le plus grand espoir."

Un charme ambigu

Les bobos ont de quoi frémir si la révolution que Soral appelle de ses voeux a lieu. Parlant, dans l'interview évoquée ci-dessus, des travaux réalisés à Paris par la mairie PS et Verts de Bertrand Delanoë, et qu’il juge pour le moins sévèrement, il déclare - certes avec ironie : "Dans une période révolutionnaire, les gens qui ont fait ça, ils peuvent être guillotinés, s’il y a un Robespierre qui vient, il peut y avoir de la guillotine, ça mérite, largement... on en a guillotiné pour moins que ça…" Et de renchérir sur les bobos qui viennent acheter le Paris populaire, et le détruisent : "Le lieu qui serait naturellement pour eux, et peut-être un jour j’en ferai un camp pour eux… un camp de… un camp de… ouaih un camp, on les mettra là… c’est la Défense, c’est le seul lieu qu’ils méritent, c’est le lieu qui leur ressemble…" Probablement n'est-ce pas là à prendre au premier degré, mais c'est tout de même un peu violent...

Soral est un mec drôle et viril, à l'humour féroce, qui produit des analyses sociologiques souvent justes et courageuses, mais qui dérape de temps en temps. Dieudonné est, mon sens, le comique le plus drôle et le plus percutant de sa génération, et lui aussi est souvent "borderline", trop ou pas, cela dépend des limites de chacun. Le Pen est le plus talentueux tribun actuel, il a ce charme oratoire que la plupart des politiques n'ont plus, cette richesse de la langue qu'il partage avec François Mitterrand, et qui lui donne un ascendant certain dans les débats sur la plupart de ses contradicteurs, rattrapé toutefois par les horreurs qu'il distille avec un plaisir pervers de temps à autre. Ces trois hommes sont maltraités dans les médias dominants, mais rencontrent un écho de plus en plus fort dans la population. Cette équipe de "bras cassés" pourrait se révéler une "dream team" aux prochaines élections, qui sait... Sans doute le saltimbanque (certes, encore en phase d'observation) et le sociologue font-ils fausse route. Mais nous devons avoir conscience que leur sympathie affichée pour le leader du FN pourrait jouer un rôle non négligeable au printemps prochain.

Ce rapprochement entre un ancien militant du Parti Communiste et le parti d'extrême droite est le symptôme d'un mouvement de fond, caractérisé par la dédiabolisation de Le Pen (symbolisée par l'attitude d'ouverture d'un Dieudonné), couplée à un rejet de plus en plus massif du système "UMPS", et ce, jusque chez le très modéré François Bayrou. A chaque bord de l'échiquier politique, on entend des appels à la révolution, ou du moins on diagnostique un climat pré-révolutionnaire. A l'heure où chacun peut sentir un ras-le-bol populaire face au matraquage médiatique du tandem présidentiel Ségo-Sarko, doit-on craindre une révolte dans les urnes au printemps prochain ? En tout cas, les sondages récents en attestent : jamais Jean-Marie Le Pen n'a été aussi proche du pouvoir.

02 décembre 2006

Kat Onoma : un plaisir supérieur

Kat Onoma est peut-être le meilleur groupe de rock français. Mené par le ténébreux et charismatique Rodolphe Burger (un ancien prof de philo...), il produit une musique absolument originale, sans concession, qui allie élégance, intimisme, sensualité, raffinement... vous accompagnant comme une douce obsession. Pour une excellente présentation du groupe, on peut aller voir par ici ; on y lira notamment ceci :

"A la débauche d’énergie et de décibels, les Strasbourgeois privilégient une forme d’hypnose : pas de solos virtuoses et de grands gestes, mais un jeu trouble et lancinant, une électricité ambiante, des silences aussi éloquents que des notes ; bref, la bande-son idéale d’une nuit d’été lorsque couve l’orage. Et, surplombant ce flot de haute-tension, la voix de Rodolphe Burger, au timbre chaud mais à la diction distante. Toute la magie de Kat Onoma peut être résumée par cette voix : chaleur organique et raideur expressive."

Ou encore :

"Des textes épurés à l’extrême, presque décharnés, obsédants (pour ne pas dire obsessionnels), posés par une voix tant solennelle que nonchalante sur une musique nerveusement élégante, au bord de l’électrocution : voilà les ingrédients fondamentaux de la recette Kat Onoma, mise en place dès les premiers concerts."

Commencez par vous poser cette bonne question : "Que sera votre vie ?", par exemple "quand l’air sera liquide, l’eau solide, la terre feu ?" Méditons avec Kat Onoma sur ces nombreuses et sérieuses éventualités...




Véritable perle de l'album Far from the pictures de 1995 : "La chambre", dont voici une bien belle description : "Comme s’il réalisait une peinture chinoise, le groupe trace la mélodie d’un trait aussi plein que léger, sans oublier de dessiner le vide et le silence tout autour. Rarement le minimalisme et l’ambiguïté auront fait aussi bon ménage, donnant naissance à un modèle de chanson intimiste, chanson d’automne en apesanteur entre la douceur et un érotisme voilé, abstrait. Le phrasé mi-parlé mi-chanté de Rodolphe Burger magnifie cette déambulation intérieure qui s’achève avec les soupirs mélancoliques de la trompette..."




dans ma chambre vous croqueriez
une pomme petite vous tremperiez
dans le thé des langues de chat
en silence
et après le débat comme dit Casanova
fronçant les sourcils vous diriez
c'est bizarre

dans ma chambre vous croqueriez
une pomme petite vous tremperiez
dans le thé des langues de chat
en silence
et après le débat comme dit Casanova
fronçant les sourcils vous diriez
ç'a été ?

car vous n'auriez qu'un mot à dire
dans la rue la journée
pour vous servir d'acolyte j'aurais mon parapluie
qui sait ?

dans ma chambre vous croqueriez
une pomme petite vous tremperiez
dans le thé des langues de chat
en silence
et après le débat comme dit Casanova
fronçant les sourcils vous diriez
c'est bizarre

car vous n'auriez qu'un mot à dire
dans la rue la journée
si seulement il vous en disait

Finissons avec une pure merveille qui date du premier album de Kat Onoma en 1988 : "Cupid", joué ici à Lyon en 2001. Nous y retrouvons la divinité de l'amour, dépeinte sous les traits d'un authentique vampire...


Et puis un petit bonus : un petit clip, prétexte pour l'un des meilleurs morceaux du formidable album solo de Rodolphe Burger, Meteor Show, datant de 1998 : "Unlimited Mariage"...


Tes lèvres fines et souples comme les branches du saule

A-t-il osé dire, et il le croyait

Et elle l'a cru...

30 novembre 2006

Les limites du journalisme politique

Pas vu, pas pris : film fort intéressant où Pierre Carles revient sur l'histoire de son documentaire, Pas vu à la télé, réalisé en 1995 et interdit à la télévision française, qui mettait en évidence les connivences entre les grands journalistes politiques de la télé et les hommes politiques.

Ce film ne nous révèle rien que nous ne sachions déjà, mais le voir ainsi - en pleine lumière - se révèle néanmoins choquant. On comprend aisément que les journalistes stars évoluent dans le même univers que les politiques, les fréquentent, en sont souvent les amis, ou du moins des "connaissances", et parfois de longue date, à l'époque où chacun était encore anonyme. On comprend donc leurs relations intimes, leurs amitiés, on comprend que les journalistes soient tentés d'évoluer aux côtés des puissants, dans les plus hautes sphères, dans le confort et les dorures, on comprend que cela est flatteur, gratifiant, agréable. C'est humain...

Cela pose pourtant un immense problème d'éthique journalistique. Le journaliste est censé dire le vrai, quitte à froisser les puissants, il est censé "porter le fer dans la plaie", comme on dit de manière enthousiaste et lyrique lorsque l'on veut croire à la noblesse de ce métier. Or, le journaliste star n'attaquera jamais son copain politique, celui-là même qu'il tutoie, qui l'invite au restaurant ou lui accorde d'autres faveurs. Le problème est insoluble. Ce film le montre. La parole libre, échappant à la censure ou à l'auto-censure, n'a pas sa place. Elle est synonyme de chômage pour le journaliste.

On appréciera le témoignage de Patrick Poivre d'Arvor, qui, droit dans les yeux, nous dit n'avoir jamais accepté le moindre cadeau de la part d'un politique, alors qu'on apprend que Jacques Chirac en personne lui a permis d'aller jouer avec ses copains écrivains au footbal sur un terrain de jeu pour le moins particulier... la pelouse du Parc des Princes. Rien que ça. On savourera les propos de l'ancien présentateur d'Envoyé Spécial, Bernard Benyamin, qui s'insurge d'avoir été piégé par Pierre Carles, alors que ses journalistes emploient exactement les mêmes méthodes dans les reportages d'Envoyé Spécial... Pas beau joueur. On appréciera l'hypocrisie de toute cette jet set de l'information, qui n'assume pas, face au grand public, ses complicités coupables.

Décorticage implacable de l'auto-censure "nécessaire" de tous les journalistes politiques du petit écran.


28 novembre 2006

Le sempiternel bavardage autour du Ballon d'Or

Fabio Cannavaro vient d'être élu Ballon d'Or 2006. Le Ballon d'Or de France Football désigne chaque année, depuis 1956, le meilleur joueur de football de l'année civile, selon quatre critères : le palmarès du joueur, sa classe, c'est-à-dire son talent individuel et son fair play, sa carrière, et enfin sa personnalité. Il est à signaler que, depuis 1995, n'importe quel joueur évoluant dans un championnat européen peut être élu, quelle que soit sa nationalité, alors qu'avant cette date, seuls les joueurs d'origine européenne étaient en lice. Ce point de règlement explique que certains joueurs parmi les plus grands, comme Pelé, Maradona, ou encore Romario n'aient jamais remporté le prestigieux trophée. Trois joueurs, à ce jour, dominent le palmarès, avec trois Ballons d'Or chacun : Johan Cruyff, Michel Platini et Marco Van Basten.

Une récompense à relativiser

Comme chaque année, la désignation du Ballon d'Or fait couler beaucoup d'encre et beaucoup de salive. C'est un sujet de dispute et d'oppositions irréconciliables. Car il y a, à chaque fois, méprise ou ambiguïté sur ce qu'est réellement le Ballon d'Or. On s'imagine parfois spontanément qu'il s'agit de mettre en lumière le meilleur joueur du monde. Or, il n'en est rien. Si c'était le cas, Zinédine Zidane aurait glané quatre ou cinq Ballons d'Or durant sa carrière, et non pas un seul ; et cette année, c'est Ronaldinho qui l'aurait emporté, comme il l'aurait déjà fait les deux années précédentes, puisque c'est lui qui domine le football mondial depuis maintenant trois ans.

Le Ballon d'Or récompense plutôt le joueur le plus décisif de l'équipe la plus marquante de l'année, du fait des titres qu'elle a remportés. Dans les années sans compétition internationale, la Ligue des Champions et les grands championnats nationaux (italiens, espagnols, anglais, voire allemands et français) sont déterminants. Accessoirement, on tient compte de la Coupe de l'UEFA et des coupes nationales. Dans les années de championnats continentaux (comme l'Euro) ou de Coupe du Monde, les résultats à ces compétitions prennent l'ascendant sur toutes les autres épreuves. La Coupe du Monde, en particulier, a tendance a occulter tout le reste d'une saison. C'est ainsi que Ronaldo avait remporté son deuxième Ballon d'Or en 2002 sur les trois seules semaines du Mondial, ayant été insignifiant le reste de l'année, alors que Thierry Henry et Zinédine Zidane avaient éclaboussé de leur classe toute l'année 2002, mais avaient piteusement raté leur mois de Coupe du Monde.

Si l'on a donc bien compris ce qu'est le Ballon d'Or, si l'on a bien compris qu'il ne récompense pas nécessairement le meilleur, mais le joueur le plus performant de l'équipe qui a gagné les titres les plus importants, on comprend que le nom de Fabio Cannavaro pouvait être avancé, sans grand risque de se tromper, dès le soir de la finale du Mondial, le 9 juillet dernier à Berlin. Le trophée devait forcément revenir à un champion du monde. A moins, bien sûr, que l'équipe sacrée ne comportât aucun joueur de grand talent (pensons à la Grèce championne d'Europe en 2004 qui ne comptait aucun Ballon d'Or potentiel) ; mais ce n'était pas le cas de la Squadra Azzurra.

Parmi les champions du monde, Cannavaro est bel et bien celui qui a été le plus mis en évidence par tous les observateurs durant toute la durée du Mondial. Sacré meilleur défenseur, et aussi deuxième meilleur joueur de la compétition à une poignée de points derrière Zinédine Zidane.

Parmi les champions du monde, on comptait, certes, d'autres grands joueurs : Gattuso, Zambrotta... mais surtout Pirlo et Buffon, les deux seuls qui pouvaient sérieusement contester la domination de Cannavaro. Il n'a pas manqué grand chose à Buffon, qui finit deuxième du classement. Quant à Pirlo (9e), véritable maître à jouer de la Squadra Azzurra, il a sans doute souffert d'un certain manque de charisme et de popularité, d'une certaine discrétion, malgré sa présence essentielle - et médiatiquement reconnue - au sein de l'effectif du Milan AC.

Un Ballon d'Or par défaut

Cannavaro a incontestablement bénéficié, outre de son talent défensif et de son rôle central de capitaine, d'un manque cruel de très grands joueurs offensifs au sein de l'équipe nationale italienne actuelle. Car chacun sait que le Ballon d'Or va naturellement aux joueurs offensifs, attaquants ou milieux créateurs. Or, l'Italie en est dépourvue aujourd'hui. Mis à part Pirlo, placé tout de même plus bas qu'un vrai numéro 10, l'Italie ne compte à ces postes offensifs que deux grands joueurs, ou plutôt deux anciens grands joueurs, aujourd'hui sur le déclin : Francesco Totti et surtout Alessandro Del Piero, deux joueurs qui avaient, pensait-on il y a quelques années, la carrure d'un Ballon d'Or, mais qui ont sans doute laissé passer leur chance. On est, de toutes façons, loin de l'époque d'un Roberto Baggio (Ballon d'Or 1993), ou même d'un Gianfranco Zola, deux techniciens hors-paire qui auraient raflé haut la main le Ballon d'Or s'ils avaient évolué dans la Squadra Azzurra 2006.

Manque de très grands joueurs offensifs, mais aussi manque des très grands, voire des immenses joueurs à vocation défensive que comptait la sélection italienne il y encore peu : les Milanais Franco Baresi et Paolo Maldini, bien entendu, deux des plus grands défenseurs de toute l'histoire du football, mais qui n'ont pas réussi à gagner un Mondial, ou encore Alessandro Costacurta, autre figure légendaire du grand Milan AC, et Alessandro Nesta, compère de Cannavaro dans la défense centrale italienne, dont la classe, l'élégance et l'efficacité ont été reconnues depuis de nombreuses années, mais qui a eu le malheur de se blesser au tout début du Mondial, laissant la voie libre à Cannavaro.

Cannavaro, meilleur que Thuram ou Desailly ?

L'attribution du Ballon d'Or à Fabio Cannavaro pourrait également provoquer quelques aigreurs du côté des grands défenseurs français champions du monde de 1998 (Lizarazu, Desailly, Blanc et Thuram), qui avaient atteint - sur la durée - un niveau bien supérieur à celui de l'Italien. Pourtant, aucun n'avait pu approcher le Ballon d'Or. Pourquoi donc ? Deux facteurs ont joué, qui peuvent expliquer le sacre de Cannavaro et les piètres résultats individuels des défenseurs français en 1998 (le premier d'entre eux, Thuram, était 7e).

D'abord, comme on l'a déjà dit, les attaquants sont traditionnellement mieux considérés que les défenseurs ; or, en 1998, il y avait pléthore d'attaquants de classe mondiale qui avaient brillé lors de la Coupe du Monde : Suker, Ronaldo, Owen, Rivaldo, Batistuta, Bergkamp... En 2006, à l'inverse, toutes les grandes stars de l'attaque ont déçu, à l'exception notable de Zidane (et, dans une certaine mesure, plus discrète, Henry). Kaka avait, certes, illuminé les tout premiers matchs, avant de s'éteindre... Ronaldo avait rempli son contrat en battant le record de buts en Coupe du Monde de Gerd Müller (15), mais ses performances étaient restées assez ternes... Klose fut le grand buteur du Mondial, mais il n'est pas une star... Bref, alors qu'en 1998, l'immense Marcel Desailly était éclipsé par une horde de goaléadors géniaux et au sommet de leur art, en 2006, l'absence de ces mêmes goaléadors géniaux laissait la possibilité à un solide défenseur italien de se mettre en évidence.

Ensuite, ce qui a permis à Cannavaro d'atteindre la première place, mais aussi à Buffon de monter sur la deuxième marche du podium (et de former un invraisemblable doublé italien), c'est paradoxalement la relative faiblesse de l'équipe d'Italie. Ce n'est pas faire grande injure à l'Italie que de dire que son équipe championne du monde était dotée, certes, d'un excellent collectif, mais était dénuée de très grands joueurs, tels que pouvaient l'être Roberto Baggio, Paolo Maldini ou Franco Baresi (ou même Alessandro Del Piero au sommet de sa forme). Dans ces conditions, le nom de Cannavaro sortait assez facilement du lot, en compagnie des seuls Buffon et Pirlo.

A l'inverse, si l'on regarde l'équipe de France de 1998, à l'exception du secteur offensif, qui était assez pauvre, tout le reste de l'équipe, très homogène, était composé de joueurs d'exception, qu'il était très difficile de départager. Mis à part Zidane, un cran au-dessus de tous les autres, comment hiérarchiser clairement Barthez, Lizarazu, Desailly, Blanc, Thuram, Deschamps, Petit, ou encore Djorkaeff ? A mon sens, c'est Desailly qui était le Ballon d'Or bis de 1998, mais passons... Alors que les voix françaises en 1998 s'étaient dispersées, derrière Zidane, entre 7 ou 8 Bleus, en 2006, les voix italiennes ont pu se concentrer sur 4 ou 5 joueurs (et 2 en particulier). C'est l'homogénéité au plus haut niveau de l'équipe de France 98 qui lui a empêché de voir se réaliser un doublé (Zidane-Desailly), et c'est, à l'inverse, la relative pauvreté de l'effectif transalpin en 2006 qui lui a permis de réaliser le doublé Cannavaro-Buffon. Le chauvinisme a, je crois, malgré les apparences, peu à voir avec cette analyse.

Henry et Zidane, des regrets et des lauriers

Fabio Cannavaro est l'un des trois seuls défenseurs à avoir été sacré dans toute l'histoire du Ballon d'Or, avec Franz Beckenbauer et Matthias Sammer. Il n'est pourtant pas l'un des meilleurs défenseurs de l'histoire du foot, ni même l'un des tout meilleurs de l'histoire du football italien. Il est probablement l'un des plus faibles Ballons d'Or (si ce n'est le plus faible). Il est pourtant indiscutable sur cette année, si l'on accepte les critères édictés par France Football. Il fut bien le meilleur joueur de l'équipe qui a gagné le titre le plus important de l'année. Certes, il y avait aussi Buffon...

Quant aux autres... Eh bien, Henry (3e) doit se mordre les doigts, lui qui aligne sa septième année consécutive dans le Top 10 de ce classement (record absolu ?), dont cinq dans le Top 4. Jamais peut-être un joueur ne sera passé aussi près, aussi souvent, sans gagner. Thierry Henry peut se consoler en sachant qu'il est le joueur le plus régulier au plus haut niveau des années 2000 (devant Ronaldinho, Zidane ou Shevchenko), même si cela ne se traduit pas par la remise d'un ballon en or... Henry risque bien de rejoindre le club des illustres "loosers" du Ballon d'Or, en compagnie des Raul, Bergkamp, Batistuta, Del Piero, Maldini, Roberto Carlos, Klinsmann ou Beckham... autant d'immenses joueurs jamais récompensés, à côté desquels pourtant certains Ballons d'Or font pâle figure (Cannavaro, Nedved, Owen, Sammer, Belanov...).

Zidane (5e), quant à lui, s'est disqualifié avec son affreux coup de boule. S'il avait simplement su - depuis des années - maîtriser ses nerfs, le meneur de jeu français, élu à juste titre Meilleur Joueur du Mondial, aurait vraisemblablement fini sa carrière avec pas moins de trois Ballons d'Or (1998, 2000 et 2006), au lieu d'un seul (1998). Ronaldinho (4e) était le joueur le plus attendu du dernier Mondial ; il a été quasiment transparent. Il était pourtant l'un des trois meilleurs joueurs de l'année en club, avec Thierry Henry et, surtout, son collègue du Barça, le Camerounais Samuel Eto'o (6e), sans doute le meilleur attaquant du monde en 2006. L'absence de Eto'o lors du Mondial ne pouvait pas lui laisser espérer un bien meilleur classement.

Le Ballon d'Or déçoit cette année, comme il continuera de décevoir à l'avenir ceux qui voudraient le voir récompenser le meilleur joueur de la planète. Le Ballon d'Or ne récompense qu'une performance ponctuelle. Si l'on veut prendre un peu de recul, et regarder les résultats sur la longue durée, qui sont ainsi davantage significatifs, nous pouvons nous consoler en constatant que Thierry Henry et Zinédine Zidane rentrent tous deux cette année pour la septième fois dans le Top 10 du Ballon d'Or, et qu'ils sont les seuls joueurs depuis au moins vingt ans, à avoir réalisé cette performance. Et pour consoler Thierry Henry, qui risque de ne jamais s'imposer, on peut lui rappeler que dans la famille des "loosers" du Ballon d'Or, il y a l'un des plus fantastiques joueurs de tous les temps, qui vient très récemment de disparaître, le Hongrois du grand Real Madrid des années 50, Ferenc Puskas.

17 novembre 2006

TAIKE-RADIO # 5 : trois pépites

Jérôme Attal



Cat Power


(à écouter aussi dans cette radioblog... si jamais ça ne marche pas ici)

Kat Onoma


16 novembre 2006

TAIKE-RADIO # 4

Smashing Pumpkins (rareté)



Madrugada



The Cardigans



Elysian Fields



Mozart (B.O. du film Out Of Africa)

15 novembre 2006

TAIKE-RADIO # 3 : un savant mélange

Pete Doherty (Babyshambles)



Mercury Rev



Florent Marchet



Jean Ferrat



Tupac Shakur, Suprême NTM

14 novembre 2006

TAIKE-RADIO # 2

Noirceur, rage, espoir, poésie pure...

Elysian Fields



Smashing Pumpkins



Rage Against The Machine



Léo Ferré


13 novembre 2006

TAIKE-RADIO # 1 : la radio idéale

La toute première TAIKE-RADIO, avec au programme :

Kat Onoma - La chambre


(si ça ne marche pas, ce qui serait très dommage... à écouter dans cette RADIO-BLOG)

Ann Peebles, puis O.V. Wright...



Dean Martin



Scout Niblett, Regina Spektor



The Beloved... Depeche Mode



Smashing Pumpkins



Renaud + Renaud

12 novembre 2006

Une étoile filante

Libre et destroy. Pete Doherty et les Babyshambles, le 19 novembre 2005, avec "Fuck Forever". Souhaitons que l'étoile ne se consume pas trop vite...

C'est tellement bon... Une deuxième tournée s'impose :

Et même une troisième...

Finissons en apothéose avec cette version de 7 minutes, jouée à Cologne le 13 mai 2006. On est placé là au coeur du public : une ambiance démente.

Mais non, ce n'est pas fini ! Voici peut-être la meilleure version de ce "Fuck Forever" : dans une réelle proximité avec le public, une belle intimité, disons-le, un beau bordel, qui sied merveilleusement bien à cet hymne joyeux et fraternel...

(Je crois qu'on est bon là)

11 novembre 2006

J'avais rendez-vous avec la Lune

Montage de photos et vidéos personnelles, avec l'astre de nuit comme principal protagoniste - et tout ce qu'il nous évoque -, servi par une musique magnifique signée Elysian Fields.

31 octobre 2006

Shunské Sato au Sénat

Shunské Sato est né à Tokyo en 1984. Dès l'âge de deux ans, il se retrouve avec un violon entre les mains. A dix ans, il est soliste au sein de l'Orchestre de Philadelphie. Aujourd'hui, il est un violoniste mondialement reconnu, qui apparaît régulièrement avec les plus grands orchestres de la planète et collabore avec de nombreux chefs d'orchestre. Il a été honoré en mars 2005 du prestigieux Idemitsu Music Award, qui récompense les jeunes musiciens au Japon. Shunksé Sato joue un violon d'Auguste Bernardel, fait à Paris en 1846.

Le lundi 30 octobre 2006, dans le salon Pourpre du Palais du Luxembourg à Paris, se tenait la soirée de lancement du numéro 27 de la revue Cités, consacré au Japon d'aujourd'hui. A cette occasion, Shunské Sato a interprété, sous les dorures de la République, la Partita en mi majeur, BWV 1006, de Jean Sébastien Bach, et la Sonate n°2, Op. 27, d'Eugène Ysaÿe. En voici quelques aperçus...

29 octobre 2006

Concert de Chris Lemaitre à Paris

Chris Lemaitre produit une musique très éclectique, entre rock, pop, reggae et blues. Une fibre populaire très marquée et empreinte de fraternité. Avec ses musiciens (et deux invités), il a donné un concert le samedi 28 octobre 2006 au Fleurus, un troquet du 14e arrondissement de Paris, près de la Cité Internationale.

D'abord, voici un extrait de "Mon beau Tzigane".



Ensuite, voici le titre qui m'avait le plus accroché lorsque j'avais découvert, la veille du concert, quelques titres de Chris Lemaitre sur son site Internet. Ça parle d'une certaine "Oksana"...

Pour finir, deux morceaux de fin de concert.




Ces morceaux ne rendent pas vraiment compte de la variété de styles dont je parlais plus haut ; j'ai, en effet, capté les morceaux qui me parlaient le plus, dans un genre plutôt rock, et ai laissé de côté les titres plus reggae. Pour en découvrir davantage, allez donc faire un tour sur le site de Chris Lemaitre !

07 octobre 2006

Billy dans tous ses états

Pour commencer, retrouvons Billy Corgan en compagnie de The Frogs, pour le fameux "I Only Play 4 Money". Les deux interprètes se taquinent gentiment, jusqu'à ce que Billy se retrouve par terre, "agressé" par l'ange aux longues ailes, qui pousse des cris de furie... Tout ceci, bien entendu, dans une bonne humeur contagieuse.

Billy accompagne ici la légende David Bowie, lors de la célébration de ses 50 ans au Madison Square Garden, le 9 janvier 1997. Les deux musiciens interprètent "All The Young Dudes" et "Jean Genie". Ce sont un peu les Johnny Hallyday et Pascal Obispo américains... La comparaison est un peu rude... surtout pour Billy...

Cette fois, Billy est en Italie, en pleine rue, au milieu des passants et de quelques fans. Il interprète un morceau de AC/DC : "It's A Long Way To The Top (If You Wanna Rock 'N' Roll)". Rafraîchissant. Avec toujours l'humour au rendez-vous.

Pour finir, un grand moment : Billy avec les Smashing Pumpkins, lors du dernier concert du groupe le 2 décembre 2000 au Cabaret Metro de Chicago. Ils interprètent "An Ode To No One", peut-être leur morceau le plus puissant. Absolument fantastique.

06 octobre 2006

Musique d'octobre


Elysian Fields à La Maroquinerie le 28 octobre 2005, avec "Lions in the storm", tiré de l'album Bum raps & love taps, sorti en 2005.


Petit retour en arrière, en 1997 : Elysian Fields encore, cette fois sur le plateau de Nulle Part Ailleurs, avec "Jack in the box", tiré de l'album Bleed your cedar, sorti en 1996.

Pour finir, deux documents exceptionnels pour rentrer dans l'intimité d'Elysian Fields. Vincent Moon de La Blogothèque (connue pour ses "concerts à emporter") s'est rendu, en août 2006, dans l'antre new-yorkaise du groupe, à Brooklyn, dans l'appartement même de Jennifer Charles ! Celle-ci interprète d'abord, en français, "Jezebel", la chanson d'Edith Piaf, puis, sur les toits de l'appart et sous la nuit noire et dense, où scintillent les lumières de Manhattan, "We're in love", un pur ravissement extrait de l'album Bum raps & love taps.



11 septembre 2006

Un mot sur Dédé et Roger

L'US Open 2006 restera dans les annales à double titre. Il marque, en premier lieu, la fin de carrière du joueur le plus charismatique et le plus aimé du circuit de ces 20 dernières années ; j'ai nommé André Agassi. Il fait, en second lieu, franchir à Roger Federer, le numéro 1 mondial, un cap décisif dans son ascension vers le titre honorifique de plus grand joueur de tous les temps.

Qui aurait parié un dollar sur André Agassi à la fin des années 80 ? Qui pouvait prévoir qu'il se construirait, au terme d'une carrière de plus de 20 ans, l'un des plus impressionnants palmarès de l'histoire du tennis ? Bien peu d'observateurs, pour dire la vérité. Le "Kid de Las Vegas" était alors essentiellement une attraction, avec sa longue crinière blonde sur la tête, ses shorts en jean et ses polos bariolés. On lui reconnaissait, certes, du talent, mais le scepticisme était tout de même de rigueur. Deux finales perdues contre toute attente à Roland-Garros, en 1990 et 1991, d'abord face au terne Equatorien Gomes, puis face à son cogneur de compatriote, Jim Courier, semblaient le destiner à demeurer un bel espoir du tennis, mais finalement un "looser".

Sa victoire surprise dès l'année suivante, en 1992, à Wimbledon, face au croate Goran Ivanisevic, lui évita de douter trop longtemps, et le mit définitivement sur la voie du succès. Sept autres titres du Grand Chelem suivront, sur toutes les surfaces. Agassi devient le premier joueur de l'ère moderne du tennis à remporter les 4 tournois majeurs. Un obstacle de taille s'est toutefois bien souvent invité sur le parcours de Dédé, qui lui a empêché de devenir le Maître du jeu ; un obstacle qui avait pour nom Pete Sampras. Durant l'essentiel de sa carrière, Agassi aura dû se contenter de la deuxième place, derrière son éternel rival, l'homme aux 14 Grand Chelem. Ces deux-là ont archi-dominé le milieu des années 90, et nous auront offert quelques-uns des plus grands matchs de l'histoire de ce sport, comme, dix ans plus tôt, Ivan Lendl et John McEnroe.

Roger Federer, en remportant son troisième US Open consécutif, a du même coup remporté son 9e titre du Grand Chelem. Le cap est franchi : le voici objectivement au-dessus des légendes que furent Jimmy Connors, Ivan Lendl et André Agassi, tous vainqueurs de 8 Grand Chelem. Il avait déjà dépassé cette année, avec ses victoires à l'Open d'Australie et à Wimbledon, John McEnroe et Mats Wilander, 7 Grand Chelem, et bien sûr Boris Becker et Stefan Edberg, détenteurs de 6 titres. Rejoindre Bjorn Borg et ses 11 titres devrait être une formalité, qu'il devrait remplir dès l'année prochaine. En ligne de mire, il a déjà Pete Sampras et son record absolu de 14 Grand Chelem. Nul ne doute que le prochain record sera pour le Suisse.

De là à dire que Federer est le plus grand joueur de tous les temps, il n'y a qu'un pas, facile à faire, mais peut-être abusif. Certes, en valeur absolue, il l'est. La plupart des joueurs du circuit ayant eu la (mal)chance de jouer les deux Grands, Sampras et Federer, s'accordent pour dire que le Suisse a un jeu encore un peu plus parfait que celui de l'Américain. Agassi lui-même a déclaré que, s'il avait trouvé la parade face à Sampras (même si elle ne marchait pas à tous les coups), il ne l'a jamais trouvé contre Federer, qui semble réellement, lorsqu'il est à son top niveau, imbattable.

Cela dit, on peut s'interroger sur la qualité de la concurrence qui se dresse face à Roger Federer. Elle ne semble pas franchement équivalente à celle que rencontra Sampras. Face à ce dernier, on trouvait bien sûr Agassi, mais aussi Becker, Chang, Kafelnikov... ou encore Rafter, Ivanisevic, Stich, Courier, Muster, Bruguera, Moya, etc. Bref, pas mal de très grosses pointures. La résistance face à Federer semble inexistante ; seul Nadal sur terre battue constitue un vrai rival et même le surpasse. Pour le reste, potentiellement, les deux meilleurs joueurs sont Roddick et Safin, mais tous deux (surtout le Russe) sont trop irréguliers. Hewitt, dans ses meilleurs jours, est un valeureux faire-valoir. Bref, tout cela est bien léger...

Dans les deux cas, on reste loin de la densité que connurent les années 80, sans doute la plus belle période pour le tennis, truffée de joueurs vraiment charismatiques : Connors, McEnroe, Lendl, Wilander, Edberg, Becker... Pat Cash, Noah, Mecir... Il est évident que dominer au milieu de tant de champions est une autre paire de manches que le faire dans un quasi désert. C'est pourquoi les 8 Grand Chelem d'Ivan Lendl (sur 19 finales ! RECORD ABSOLU*) me paraissent une performance au moins aussi remarquable que les futurs records de Federer.

* 19 finales pour Lendl, 18 pour Sampras, 16 pour Borg... 10 pour Federer à ce jour (soit un taux de réussite en finale assez exceptionnel : 90 % !!).

25 août 2006

La beauté de la nature

Noble papillon, s'apprête à prendre son envol...
















A peine le temps de le dire, le voilà reparti...
















On dirait un aigle.

23 août 2006

Mayrig / 588, rue Paradis

Ce mardi soir, 22 août 2006, la chaîne TMC a rediffusé le diptyque autobiographique d'Henri Verneuille : Mayrig (qui signifie "maman" en arménien), suivi de 588, rue Paradis. Quel choc ! Quelle machine à faire chialer ! Pour aller vite, c'est l'histoire d'Azad Zakarian, né en 1915 pendant le génocide des Arméniens par les Turcs, émigré en 1921 à Marseille avec une partie de sa famille rescapée (son père, sa mère et deux tantes - les trois femmes formant ses "trois mamans"), et dont on va suivre tout le parcours, jusqu'à son triomphe d'auteur dramatique dans la haute société parisienne.

Azad Zakarian, adulte, est joué par Richard Berry, sa maman, Mayrig, par Claudia Cardinale, son père par Omar Sharif. Apparaissent aussi, dans de jolis seconds rôles, Jacques Villeret et Zabou.

Bien sûr, ce film remémore l'horreur du génocide arménien, narre la vie difficile de gens modestes venus de l'étranger, dit l'intolérance de certains Français, la bienveillance de certains autres, mais il met avant tout en évidence l'amour d'une famille, entièrement vouée au bonheur et à la réussite du petit dernier. Ces petites attentions, ces grandes inquiétudes, cette générosité qui ne compte pas sa peine, ce don de soi qui font l'amour.

Ce petit garçon qui se fait rejeter par ses camarades (racistes), et qui n'en dit mot à ses parents, qui leur raconte les plus beaux mensonges, pour ne pas les peiner, pour ne pas entamer leur joie, pour les conforter dans leur illusion que leur intégration est réussie. Et ces parents qui ne cessent de se "sacrifier", comme on dit maladroitement, pour leur enfant, qui, pour mieux dire, aiment d'un amour total l'objet suprême de leur amour : leur fils.

Ce qui pourrait apparaître comme un dégoulinage d'amour, c'est l'histoire souterraine et fondamentale de la plupart des familles du monde. Sous les oripeaux décevants de la vie, derrière toutes les activités, petites ou grandes, qui agitent le monde, que reste-t-il qui vaille vraiment, sinon l'infinie tendresse entre Azad et sa Mayrig, sinon l'attachement éternel d'un petit garçon devenu grand pour tous celles et ceux qui l'ont chéri, ses pourvoyeurs d'amour, d'amour pur comme l'impossible ?

Devenu grand, auteur talentueux de pièces de théâtre, riche et célèbre, marié à une femme qui gère sa carrière et son "look", Azad Zakarian aura travesti son nom, devenu "Pierre Zakar", à la consonance bien française. Lorsque son vieux père viendra le voir à Paris, pour la première de sa nouvelle pièce, "La chevalière", qui retrace précisément son enfance modeste et heureuse, Monsieur Zakar, conseillé par son épouse, le recevra dans une sublime suite d'un grand hôtel, mais pas chez lui. La chaleur humaine aura glacé sous les dorures. Peu de temps après, le père mourra, sans qu'un dernier malentendu avec le fils n'ait été levé. De quoi faire naître la culpabilité face à l'irréversible faute.

Le caractère de sa femme, créature monstrueuse, glacée et bassement intéréssée, se révèlera à Zakar de plus en plus au grand jour. Créature chez laquelle le mot "amour" semble avoir été vidé de toute sa substance. La séparation interviendra, au moment même où Azad se rapprochera de sa vieille mère, à laquelle il finira par offrir un magnifique cadeau. Dérisoire cependant. Dérisoire face à l'essentiel, face à la vie qui touche inéxorablement à sa fin, face à la détresse que le fils commence déjà furtivement à ressentir en songeant à cette Mayrig dont il ne sentira plus bientôt l'amour infini le recouvrir, avec ses petites attentions, ses petits soucis. (On songe vaguement à la chanson de Léo Ferré, "Avec le temps", même si le film n'est pas globalement aussi mélancolique et triste qu'elle.)

La dernière scène du film est assez déchirante : Azad quitte sa vieille mère aux cheveux blanchis, à laquelle il vient d'offrir une somptueuse demeure (588, rue Paradis à Marseille), ornée d'un majestueux jardin où fleurissent en pagaille des roses, comme dans sa maison "d'avant la France". Mayrig, s'apercevant qu'Azad a oublié son pull-over rouge, lui court après, l'appelle et lui rend son pull. Délicatesse anecdotique... Azad s'éloigne ensuite inéxorablement d'elle, que l'on continue de voir en arrière-plan, car elle le regarde s'éloigner, voulant profiter jusqu'au dernier moment de sa vue. Azad se demande alors combien de printemps il pourra encore venir la voir, il pense au jour où on lui téléphonera pour le presser de venir car sa mère n'ira "pas très bien". Et ce jour-là, il saura que plus jamais personne ne viendra lui apporter son pull-over rouge, pour le protéger d'un froid imaginaire. Ce jour-là, se dit-il, il aura vraiment froid. D'un froid glacial et éternel, dont on ne guérit pas.

Mayrig et 588, rue Paradis sont deux très beaux films, qu'avec du recul on peut certes considérer comme un peu simplistes, manquant de finesse d'analyse, quelque peu manichéens. On peut aisément le comprendre pour le premier film, qui est le regard d'un adulte sur son enfance et les personnages qui l'ont constituée. C'est un peu moins compréhensible pour le second, qui est le regard d'un adulte sur sa propre vie d'adulte. Mais l'essentiel n'est sans doute pas là. Il est dans la simplicité et la force du contenu émotionnel de ces deux films. Dans l'évidence devant laquelle ils nous mettent : la valeur absolue de l'amour pour nous humains, la terrible fragilité de la vie, la noblesse de caractère qui se reconnaît à l'honnêteté et à la qualité d'amour dont nous sommes capables. Ce n'est pas du "bon sentiment" ; c'est de la vérité à l'état brut.


Léo Ferré - Avec le temps
Vidéo envoyée par sasoeursophie22

21 août 2006

Quel bonheur !

Je suis tombé par hasard sur cette antiquité musicale des années 80. Merci à Renata pour cette incroyable réminiscence ! Dire que ça a existé ! dans notre enfance pas si lointaine... "Tarzan Boy" de Baltimora. Musique nulle, mais qui fait pourtant tellement de bien, qui fout la banane ; certes, à petite dose, et après 20 ans loin de nos oreilles, qui ont eu le temps de se déshabituer de ce son calamiteux, mais empreint d'une légèreté festive, qui ne se prend pas au sérieux, et qu'on ne retrouve guère plus aujourd'hui. Enjoy !!

Pour ceux qui ne seraient pas rassasiés, voici deux autres perles, bien françaises cette fois - je dirais même deux grands classiques : Images, avec Les démons de minuit ! et Gold, avec l'émouvant Plus près des étoiles. Eh oui... c'était ça les années 80.

29 juillet 2006

Playlist pour un 29 juillet

Mois de juillet finissant, chaleur toujours aussi intense, temps suspends ton vol, la voix de Jennifer Charles s'impose en cette saison, comme en toutes d'ailleurs. La chanteuse la plus sensuelle du monde faisait en 2001 une petite infidélité à son groupe Elysian Fields pour participer au projet du producteur de hip hop californien Dan the Automator : Lovage, Music to Make Love to Your Old Lady By. Retrouvons-la...

Jennifer est ici rejointe par Mike Patton, artiste inclassable et caméléon, qu'on a connu dans des productions "conceptuelles" autrement "prise de tête"... Ici, pas de prise de tête, plutôt une gentille prise de bec amoureuse avec Miss J. Charles...

Elysian Fields : un groupe à découvrir bien au-delà de ces deux petits morceaux de circonstance...

La page MySpace d'Elysian Fields (4 bons morceaux en écoute)

Le site officiel d'Elysian Fields

Le site d'un fan du groupe (in english)

18 juillet 2006

Bataille ou Fontaine ?

Groland est à son meilleur avec ce sketch "Putain de toi !". C'est jouissif, et plus d'un de nos animateurs du petit écran s'y reconnaîtront. Si adorables... Si débordants d'amour...

Amis de la poésie...


[Groland] Vedettes de stars
Vidéo envoyée par watnawak

Le zapping a parfois de bonnes idées : ici, un extrait de l'émission hautement culturelle Opération Séduction, suivi de la parodie de Groland, intitulée Vedettes de stars. C'est super drôle. La parodie est drôle, car la télé des bas-fonds, elle, est plutôt triste à pleurer...

Mise à jour [27/10/2006] : vidéo censurée ? Comme pis-aller, voici la vidéo de la parodie de Groland, malheureusement sans l'extrait de l'émission originale. Une grosse perte...


14 juillet 2006

Zidane, et le monde s'arrête

Vendredi 14 juillet 2006. Pour la première fois depuis la fin de la Coupe du Monde le 9 juillet, Zidane est en train de sortir un peu de nos esprits, il commence à laisser tout doucement la place à d'autres sujets de préoccupations et de conversations. Car depuis la finale, et plus précisément la 110e minute du match marquée par le coup de boule de Zizou sur Materazzi et le carton rouge de l'arbitre, la France, voire le monde tout entier, ne parlent plus que de lui. Zidane a raté sa sortie, et pourtant il n'a jamais autant occupé les esprits.

Un coup de boule mémorable, des paroles mystérieuses

Les jugements ont été sévères envers le meneur de jeu français : IMPARDONNABLE, INEXCUSABLE, a-t-on pu lire sous la plume des journalistes de l'Europe entière. Les Français ont pourtant, dans leur majorité, déjà pardonné à leur Zizou national. Car ils l'aiment. Les interviews de Michel Denisot sur Canal+ et de Claire Chazal sur TF1, mercredi 12 juillet, ont constitué un événement majeur pour des millions d'aficionados suspendus aux lèvres de leur idole, attentifs à ses premières paroles depuis la finale, impatients de connaître les horribles mots que le vilain Materazzi avait bien pu lui adresser pour susciter une telle réaction de violence.

Qu'a pu dire Materazzi à Zidane ? Telle fut sans doute la question la plus brûlante que s'est posé le monde entier ces derniers jours, malgré les drames qui ravageaient dans le même temps Bombay et le Proche-Orient. Des spécialistes de la lecture labiale (sur les lèvres), de l'Angleterre au Brésil, ont même donné leurs versions des faits. "On sait tous que tu es le fils d'une pute terroriste" : telle aurait été la phrase qui aurait fait disjoncter le Français, selon certains experts.

Zidane aura pourtant nié toute connotation raciste dans l'insulte du défenseur italien, se contentant de dire qu'elle concernait sa mère et sa soeur, qu'elle était "très grave" et le touchait au plus profond de lui-même. Materazzi, de son côté, a nié avoir utilisé le terme de "terroriste", arguant son inculture : eh oui, Marco Materazzi vit sur une autre planète, il ne sait pas ce qu'est un terroriste islamiste... Il a aussi nié avoir insulté la maman de Zidane, ajoutant que, pour lui, la mère était sacrée ; il n'a pas nié, en revanche, avoir insulté la soeur de Zidane, sans doute moins sacrée à ses yeux...

Le 20 juillet, Zidane et Materazzi se retrouveront devant les enquêteurs de la FIFA pour confronter leurs versions. Des sanctions seront prises : amendes et matchs de suspension vraisemblablement (punition symbolique et sans conséquence pour le jeune retraité Zidane). Zidane perdra en outre, très probablement, son titre de Meilleur Joueur de la Coupe du Monde. Dommage, car il est amplement mérité.

Le Roi Soleil

Avec cette "affaire Zidane", on en aurait presque oublié que l'Italie a gagné la Coupe du Monde. Il n'est pas très exagéré de dire que l'Italie a été oubliée avant même d'être sacrée ; au moment même où Zidane a commis l'irréparable, à la 110e minute du match, il a pris toute la place dans les esprits des amateurs de football. Il n'y a guère qu'en Italie que l'Italie championne du monde intéresse les gens. Partout ailleurs, on en reste à Zidane. Même pas à la France, non, à Zidane. Comment expliquer cela, comment rendre compte d'une telle aura ?

D'abord, Zidane est le plus grand joueur de foot des 10 dernières années. Il est le Maître du sport le plus planétaire, de l'activité humaine qui suscite le plus de passion, il est le Dieu de la religion la plus puissante du monde : le football. Ce n'est pas rien. Il a même déjà acquis sa place dans le Panthéon des dieux du foot, un Panthéon dominé par deux rois - Pelé et Maradona - et dont la cour comporte une poignée de seigneurs nommés Cruyff, Beckenbauer, Di Stefano et Platini, et une ribambelle de princes : Puskas, Garrincha, Eusébio, Van Basten, Baggio, Ronaldo, Ronaldinho... L'enjeu de la finale, c'était de faire rentrer Zidane dans le sommet de cette hiérarchie, d'en faire le 3e roi, ni plus, ni moins. Beaucoup considèrent que cette intronisation a échoué et qu'il devra se contenter du rang de seigneur. D'autres, idolâtres jusqu'au bout, l'ont canonisé malgré tout, saint parmi les saints et roi parmi les rois.

Modèle malgré lui

Ensuite, Zidane, c'est un comportement fait d'humilité, un talent presque entièrement dévoué à l'équipe, une certaine timidité. C'est un engagement dans des causes bonnes. C'est une gentillesse. C'est une image idéale pour tous les publicitaires : avec Zidane, ils ont le véhicule parfait des valeurs les plus nobles et les plus vendeuses. Zidane, c'est un symbole, celui de l'enfant d'immigrés algériens des quartiers nord de Marseille qui réussit, s'intègre et devient le modèle à suivre pour toute une génération "black-blanc-beur".

Les médias se sont aujourd'hui largement désolidarisés de ce slogan qu'ils avaient eux-mêmes inventé, après notamment les émeutes de banlieues de l'automne dernier. Zidane, lui, accepte sans sourciller ce rôle d'exemple qu'on lui a collé sur le dos. Au milieu des démagogues politiques et médiatiques, qui profitent d'une situation, celle d'une victoire rassembleuse en 1998, avant de la dénigrer lorsqu'ils s'aperçoivent qu'elle ne peut plus les aider dans leurs desseins personnels, eh bien lui, Zidane, demeure comme un phare lumineux auquel chaque jeune peut se raccrocher pour avancer, malgré la conscience qu'il a des innombrables difficultés que comporte la réalité. La lumière est lointaine et même presque irréelle, mais néanmoins d'une puissance inouïe.

Zidane a un avantage énorme sur la plupart des hommes qui aspirent au pouvoir, qui aspirent à exercer une influence sur les autres : celui d'être aimé et respecté. Son coup de sang, finalement, n'entache pas son image, d'autant qu'il l'assume avec honnêteté. Il s'excuse auprès des enfants qui l'ont regardé faire ce geste qui n'est pas "digne" (selon ses propres termes), mais il ne le regrette pas, car l'homme Zidane ne peut pas supporter certaines atteintes à sa conscience, sa réaction dût-elle le priver d'un titre honorifique. La conscience prime. Et personne ne doute au fond que la conscience de ce bonhomme-là soit bonne, avec les imperfections inhérentes, bien sûr, à n'importe quelle conscience humaine.

Héros des temps modernes

Zidane est un homme comme les autres, d'un certain point de vue. D'un autre point de vue, il est un mythe vivant. C'est un constat objectif, compte tenu des réactions mondiales qu'il suscite. Les qualificatifs qui lui sont souvent accolés, "Dieu", "demi-dieu", "héros" ("héros de tragédie" en l'occurrence, le jour de la finale), "mythe", "légende", même s'ils sont risibles pour l'homme sensé, ou tout bêtement pour l'homme qui n'est pas sensible au football, ne doivent pas pour autant être pris à la légère. Ils nous renseignent sur l'Homme et sur nous-mêmes. Sur son besoin de déifier, d'admirer. De vivre par procuration des choses exceptionnelles. Grandioses.

Dans un Mondial, où ce sont des équipes nationales qui s'affrontent, les joueurs sont nos représentants. Nous allons être nous-mêmes valorisés ou, au contraire, dévalorisés par leurs performances. "On est les champions !", "On a gagné !", s'exclame ce supporter affalé dans son canapé, une bière à la main, ou cet autre, aux joues peintes en bleu blanc rouge, braillant devant un écran géant en brandissant des drapeaux, à des centaines voire des milliers de kilomètres du lieu du match. C'est bel et bien soi-même qui est en jeu. Les joueurs de l'équipe de football ont la mission de rendre leurs compatriotes heureux et fiers d'eux-mêmes.

Une équipe qui avance dans la compétition, qui se rapproche de la plus haute marche, ne fait plus seulement du sport, elle fait... de la politique ? Pas vraiment. Elle fait de la mystique. Elle transforme, certes brièvement, un groupe humain disparate en un groupe uni, un corps. Elle provoque une joie totale chez l'individu, qui se sent en communion avec l'absolu. Pensons à Thierry Roland, le 12 juillet 1998, qui déclarait : "Après avoir vu ça, on peut mourir tranquille, le plus tard possible, mais on peut." Nul doute qu'il pensait ce qu'il disait à la minute où il l'a dit. Et beaucoup auraient pu dire, au même moment, la même chose. Nous sentions avoir atteint un sommet, un pic de bonheur, un absolu. D'où la reconnaissance éternelle dont jouit Zidane, lui qui nous a offert ce moment-là, cette joie suprême.

La Nation vive

Un Mondial de foot, c'est encore l'occasion de constater la vie puissante qui anime l'idée de Nation. Cela faisait longtemps que les drapeaux nationaux et les hymnes n'avaient eu autant la cote. A l'heure où l'Europe est censée développer son idée et enterrer petit à petit les nations qui la composent, à l'heure où d'aucuns rêvent d'un gouvernement mondial, de fusion planétaire, ce sont ces petites entités que sont les nations qui s'affirment avec force. On a bien entendu quelques idéalistes peu férus de football dire qu'ils apprécieraient autant une victoire de la France qu'une victoire de l'Allemagne ou qu'une victoire italienne, voire même, puisque nous sommes tous frères, une victoire de l'Argentine ou du Ghana. Force est de constater qu'ils sont une infime minorité. La fibre nationale est bel et bien vivante. Que ça nous plaise ou non. Nous pourrions bien aimer être libérés de ce lien-là, de cette identité-là, nous devons constater que nous ne le sommes pas, pour la très grande majorité d'entre nous Terriens.

Peut-être un jour les hommes se définieront-ils simplement comme Terriens (peut-être le jour où il faudra quitter la planète pour coloniser d'autres terres, à travers l'espace immense). Peut-être un jour les couleurs de peaux et les origines auront été oubliées et ne compteront plus pour rien. Peut-être un jour aurons-nous tous une même culture commune et une langue unique. Ce jour, les nations auront cessé d'exister, car elles ne correspondront plus à l'homme nouveau, qui se raccrochera à d'autres identités. Mais aujourd'hui encore, nous sommes au plus profond de nous-mêmes Français, Italiens, Brésiliens, Iraniens, Ivoiriens, Coréens... Nous sommes encore pétris de ces différences-là, de langues, d'histoires, de cultures. Ces différences ont leur mauvais côté, leur côté belliqueux, que beaucoup d'hommes de bonne volonté s'efforcent de tempérer.

L'appartenance à une nation est encore la plus puissante de toutes les appartenances, concurrencée parfois par l'appartenance religieuse. La première est rationnelle (elle nous unit par son côté pratique, utile), la seconde est irrationnelle (elle unit par la croyance en une Révélation, en un au-delà). Un match de Coupe du Monde dote notre appartenance nationale d'une dimension religieuse. Une manière, en cas de victoire, de se sentir le Peuple élu. Et le joueur qui nous permet de ressentir cela sera appelé "Sauveur", "Messie", "Jésus", ou plus prosaïquement "Zorro". Autant de surnoms attribués à Zidane.

Montaigne, Pascal, Zidane

Sur notre Terre qui n'a jamais été aussi peuplée, où tout événement est retransmis pratiquement partout, et où le football est roi, Zinédine Zidane est probablement l'homme le plus connu du monde (avec une poignée de chefs d'Etat et d'artistes) et l'un des plus connus de toute l'histoire humaine. Pas étonnant donc qu'un carton rouge à 10 minutes d'une fin de carrière éblouissante ait pu susciter autant de passion et prendre autant de place dans nos têtes, comme si le reste du monde avait cessé d'exister.

"Vanité des vanités, tout est vanité". L'homme est vain, plein de vent et de vide. Etre de divertissement, avaient dit Pascal et, avant lui, Montaigne. Pour ne pas penser à sa condition désespérante de mortel, l'homme se divertit. A la chasse, à la cour, au jeu, disaient déjà nos philosophes. Au football, ajouterons-nous aujourd'hui. Le divertissement est l'activité première de l'homme. Et le football le premier divertissement (ou le deuxième, après le sexe), pour les mâles du monde entier. Et Zidane le centre de ce divertissement. Autant dire qu'il était, jusqu'à ces tout derniers jours, le centre du monde.