07 septembre 2006

5 ans de silence

Lundi prochain, les médias du monde entier nous sommeront de nous souvenir de l'horreur qui toucha l'Amérique ce mardi matin ensoleillé du 11 septembre 2001. Déjà, le cinéma a pris en main l'événement : Vol 93, de Paul Greengrass, est sorti le 12 juillet dernier, et le 20 septembre prochain ce sera au tour du World Trade Center d'Oliver Stone. Les deux films jouant sur le même registre ; il s'agit de deux hommages rendus aux victimes, qui prennent le parti de se placer aux côtés de ces dernières, de partager, avec toute l'émotion que cela comporte, leurs derniers moments.

Quelque chose me gêne dans ces films que je n'ai pas vus et que je n'ai pas très envie de voir. Car on ne peut se permettre de transformer un événement historique (aussi dramatique que celui-ci) en oeuvre de fiction, que dans la mesure où l'on est capable de donner une version assurée de l'événement historique en question. Or, qui est en mesure, à ce jour, d'écrire l'histoire du 11 septembre 2001 ? A mon sens, personne.

L'oeuvre de fiction entérine la version officielle ; c'est paradoxalement la fiction qui dote cette version du caractère de réalité ; c'est le cinéma qui sanctifie une certaine vision de l'histoire. Et ceci est dangereux. Voici, pour exemple, un échantillon des questions que l'on pouvait se poser en 2003 sur le 11 septembre, et qui, pour la plupart, me semblent encore d'actualité : ici, et encore (sur le site de L'Idiot du village).

Je comprends l'aversion et le rejet systématiques de la plupart des intellectuels pour toute "théorie du complot" ; ce terme leur évoque sans doute au premier chef le révisionnisme touchant la Shoah : demander naïvement si l'on est bien sûr qu'un Boeing s'est écrasé sur le Pentagone serait aussi ignominieux que nier l'existence des chambres à gaz... Je comprends donc ces réflexes, mais je ne les approuve pas.

Je n'approuve pas, par exemple, comment la diffusion de Loose Change 2 sur la chaîne Planète, le 6 septembre dernier, a été commentée par Télérama. "Exécrable" et "nauséabond" serait ce film "mitonné sur ordinateur par un post-ado américain" qui "soutient une thèse conspirationniste à la Thierry Meyssan" ; bon, je crois qu'il n'y a plus rien à dire après ça... Son compte a été réglé à Loose Change 2 et à toute tentative de réflexion sur le sujet du 11 septembre. L'Inquisition a parlé et a usé de ses armes favorites : l'insulte et la caricature grossière.

Je ne suis pas moi-même béat devant ce film, dont j'ai déjà fait plusieurs fois la publicité (ici pour la première fois) ; il se veut spectaculaire, sa mise en scène a quelque chose d'un peu trop "branché" pour le sérieux que le sujet réclame, certaines de ses hypothèses (qui se transforment parfois en thèses) sont évidemment contestables (comment ne le seraient-elles pas d'ailleurs ?)... Mais au moins il informe, il pose des questions légitimes, il amorce une réflexion qui n'a pas la prétention d'être close. En gros, il fait, certes un peu maladroitement, le boulot des journalistes ; celui qu'ils ont, pour la grande majorité d'entre eux, oublié de faire ! Si un "post-ado américain" (je me permets de rajouter "attardé") est capable de mener une telle enquête et de produire un tel film, les pros du journalisme mature et intelligent devraient au moins se remettre fortement en question, et se demander pourquoi ils n'ont pas encore (cinq ans après !) daigné en faire au moins autant.

Pour en finir avec cette critique de Télérama, je me permets de signaler une erreur grossière dans leur papier (pourtant bien court) : les deux tours d'acier du WTC ne se sont pas effondrées en "30 secondes", mais, chacune d'entre elles, en approximativement 10 secondes. La rigueur journalistique la plus élémentaire aurait sans doute voulu que les auteurs de ce papier aillent visionner les images de l'événement. Le recours à l'expérience est sans doute superflu quand on pense avoir la science infuse...

Un autre film, plus récemment paru sur Internet, est à voir : Who Killed John O'Neill ? Ce n'est pas un documentaire. C'est une fiction à la mise en scène en huis-clos assez étrange. Un personnage, joué par l'acteur Ryan Thurston, s'interroge sur la version officielle du 11 septembre, la démonte, et cette réflexion abyssale le mène non loin de la folie ; sa personnalité se scinde, se divise en différents personnages, six, tous joués par Thurston, représentations de la multiplicité des voix intérieures qui l'habitent et le troublent en se contredisant. Les différents personnages (l'homme, le paranoïaque, le cynique, l'autiste, le philosophe et l'historien) échangent ensemble, argumentent, s'apportent la contradiction, mais avancent tant bien que mal dans une direction, celle que vous devinez. Des informations très denses, qui demanderaient un réel travail d'investigation pour les vérifier. Le film est donc d'abord à regarder comme une fiction qui nous met dans la tête d'un homme qui se questionne, jusqu'à mettre sa santé mentale en péril. Esthétiquement intéressant. Pour le reste... A voir.

Un autre film qui vaut le détour, même s'il est un peu longuet pour ce qu'il veut montrer. Il s'agit de 911 Eyewitness. Rick Siegel était le 11 septembre 2001 sur un quai faisant face à Manhattan et aux tours du World Trade Center. Avec tout son matériel vidéo. Ce film a pour mérite essentiel d'avoir capté les bruits d'explosions qui ont précédé l'effondrement des trois tours (WTC1, WTC2 et WTC7). Ce film paraît être la preuve indiscutable qu'il y a bien eu des explosions dans les tours, quelques secondes avant qu'elles ne s'effondrent. Nous ne saurions pour autant dire ce qui a provoqué ces explosions. Avancer l'hypothèse de bombes placées là exprès par les terroristes (d'Al-Quaida ou d'ailleurs), ce n'est précisément... qu'une hypothèse. Ce film, concédons-le, comporte pas mal de déchets ; l'essentiel aurait pu tenir en quelques minutes ; l'ensemble dure, au final, près d'1h 44min !

Autre extrait vidéo important, si ce n'est fondamental : à peine quelques secondes pour entendre Larry Silverstein, le propriétaire du complexe du World Trade Center, déclarer que le bâtiment 7 du WTC a été démoli ("pull"). Le commandant des pompiers lui aurait dit n'être pas sûr de pouvoir contenir l'incendie qui ravageait l'immeuble, et la décision aurait donc été prise (par Silverstein, sur les conseils du commandant) de le faire tomber. On aimerait bien comprendre quelle était la nécessité d'abattre cette tour...
Ce témoignage est sidérant ; d'une part, parce que la version officielle a toujours affirmé que le bâtiment 7 était tombé tout seul, sous l'effet de l'incendie ; et ensuite, parce qu'on ne voit pas comment en quelques heures une opération de démolition contrôlée a pu être mise en place et exécutée. Les tours jumelles sont, en effet, tombées respectivement à 9h59 et 10h28, et le bâtiment 7 à 16h10. L'idée de faire sauter le WTC7 n'a pu germer chez les pompiers qu'après l'effondrement des deux autres tours, sans doute pas avant 11h ou 12h. Bref, en étant large, l'opération autorisée et décidée par Silverstein n'aurait eu besoin que de cinq heures pour se mettre en place et aboutir... Tout ceci au beau milieu des décombres, des ruines des deux autres tours, dans un nuage de poussière opaque... Quand on sait que les tenants de la thèse officielle se rient des "conspirationnistes" quand ils affirment que des explosifs ont été placés dans les Twin Towers, arguant qu'il aurait fallu pour cela une préparation de plusieurs semaines ou mois... comment diable aurait-on pu réussir la prouesse de monter une telle opération pour le bâtiment 7 en quelques heures ? Mystère. Et aucun journaliste qui ne semble s'en préoccuper.

Pour information, tels étaient certains des occupants du bâtiment 7, étage par étage :
46-47 Mechanical floors
28-45 Salomon Smith Barney (SSB)
26-27 Standard Chartered Bank
25 Inland Revenue Service (IRS)
25 Department of Defense (DOD)
25 Central Intelligence Agency (CIA)
24 Inland Revenue Service (IRS)
23 Office of Emergency Management (OEM)
22 Federal Home Loan Bank of New York
21 First State Management Group
19-21 ITT Hartford Insurance Group
19 National Association of Insurance Commissioners (NAIC)
18 Equal Opportunity Commission (EEOC)
14-17 Vacant
13 Provident Financial Management
11-13 Securities and Exchange Commission
9-10 US Secret Service
7-8 American Express Bank International
7 OEM generators and day tank
6 Switchgear, storage
5 Switchgear, generators, transformers
4 Upper level of 3rd floor, switchgear
3 Lobby, SSB Conference Center, rentable space, manage
2 Open to first floor lobby, transformer vault upper level, upper level switchgear
1 Lobby, loading docks, existing Con Ed transformer vaults, fuel storage, lower level switchgear

Quant au Pentagone et à l'ignoble idée selon laquelle ce ne serait pas le Boeing 757 qui se serait crashé sur lui, j'y reviens un instant. Puisque aucune vidéo valable n'a été diffusée au public par les autorités américaines, alors que d'évidence il en existe (le Pentagone est l'un des bâtiments les plus surveillés du monde), il faut s'en remettre aux seuls témoignages. Et que nous disent-ils ? Eh bien, ils sont contradictoires. Pas de chance. Tous décrivent un engin volant, mais tous ne s'accordent pas sur ce que c'était. De nombreux témoins affirment avoir vu le Boeing 757, "un jet de American Airlines", ou du moins "un avion commercial", ou encore "un avion de ligne américain". Un autre dit avoir vu "la queue d'un grand avion de ligne" ; un autre encore parle d'une "énorme machine". D'autres introduisent la confusion dans nos esprits en décrivant l'engin "comme un missile de croisière avec des ailes" (écouter, sur le site de CNN, le témoignage de Mike Walter, journaliste à USA Today), ou encore comme ayant "une contenance d'environ 8 à 12 personnes" et faisant "un bruit strident comme celui d'un avion de chasse". Un autre témoin (auditif) a "entendu comme le bruit d'un missile, puis une forte explosion". Un employé du Pentagone déclare enfin avoir vu sur la pelouse "ce qui semblait être des morceaux d'un petit avion". Mes sources : ici et .

Voici, pour finir, extraits de l'introduction en libre accès du livre de David Ray Griffin, Le Nouveau Pearl Harbor, huit manières d'envisager une possible "complicité" des autorités américaines ; une grille de lecture utile pour avoir à l'esprit les nuances des "théories du complot" (qui ne déculpabilisent pas nécessairement les islamistes pour jeter toute la faute sur le démoniaque George W. Bush et sa clique...) :

1. La construction d’une thèse mensongère.
La première possibilité est que bien que les autorités gouvernementales n’aient en rien facilité les attaques et qu’elles ne s’y soient pas attendues, elles ont bâti une version fallacieuse des événements, soit pour protéger le Conseil national de sécurité, soit pour dissimuler des faits potentiellement embarrassants pour elles, soit pour exploiter l’événement afin de mettre en oeuvre leurs projets, soit pour toute autre raison. Cette façon de voir les choses a beau être l’accusation la moins grave, elle suffit à lancer la procédure de destitution (impeachment), en particulier si le président a menti à propos du 11 Septembre pour en tirer un avantage personnel ou pour justifier des projets antérieurs comme l’attaque de l’Afghanistan et de l’Irak.
2. Les services de renseignement s’y attendaient.
Une deuxième façon possible d’envisager les choses est que bien qu’ils n’aient eu à l’avance aucune information précise sur les attaques, certains services de renseignement américains comme le FBI, la CIA et certains services militaires de renseignement, s’attendaient à ce que se produisent des attaques d’un type ou un autre. Bien qu’ils n’aient joué aucun rôle dans l’organisation des frappes, ils les ont peut-être facilitées en ne prenant délibérément pas les mesures visant à les prévenir. Ensuite, sans avoir alerté la Maison Blanche de leur passivité volontaire, ils l’ont persuadée après le 11 Septembre non seulement de couvrir leur culpabilité en bâtissant une thèse mensongère mais encore de mettre en oeuvre les projets auxquels ces attaques devaient servir de prétexte.
3. Des événements précis attendus par les services de renseignement.
La troisième façon possible d’envisager les choses est que des services de renseignement, mais pas la Maison Blanche, aient eu des informations précises sur le calendrier et les objectifs des attaques.
4. Des services de renseignement parties prenantes.
Quatrième façon d’envisager la complicité des autorités, des services de renseignement, mais toujours pas la Maison Blanche, auraient pris une part active à l’organisation des attaques.
5. Implication du Pentagone.
Cinquième possibilité : le Pentagone, mais pas la Maison Blanche, a pris une part active dans l’organisation des attaques.
6. La Maison Blanche s’attendait à quelque chose.
Sixième possibilité : quoique ne disposant pas d’informations préalables précises, la Maison Blanche s’attendait à ce que des attaques surviennent et était d’avis de les faciliter, au moins en ne faisant prendre aucune mesure pour les prévenir. Cette hypothèse laisse intacte la possibilité que la Maison Blanche ait été choquée par le nombre des victimes et l’ampleur finale des dégâts.
7. La Maison Blanche savait.
Septième possibilité : la Maison Blanche était au courant des objectifs et du calendrier des attaques.
8. La Maison Blanche est partie prenante dans le montage.
Huitième possibilité : la Maison Blanche a pris part à l’organisation des frappes.

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