09 août 2006

Considération intempestive

Carlo Revelli, le fondateur d'Agora Vox, a commis un nouvel article sur le 11 septembre. C'était le 25 juillet dernier. Un article qui nous interroge notamment sur le silence effrayant des médias français sur ce sujet pourtant si capital. Un sujet où le "cela va de soi", cette capitulation de l'esprit, a fini par l'emporter sur le bon sens et le sain questionnement.

Internet se retrouve le seul média à permettre au débat de se poursuivre, près de 5 ans après les événements. Là seulement, les considérations intempestives trouvent leur place. Loin de l'impératif du nouveau, du flambant neuf, du chaud : l'exigence du ruminé, du retour sur le refroidi, surtout quand il continue - et pour longtemps ! - à produire ses effets néfastes dans le réel.

Le FBI qui fait savoir (ici) que nous ne possédons toujours pas, aujourd'hui, la moindre preuve de l'implication d'Oussama Ben Laden dans les attentats du 11 septembre, ça ne provoque aucune émotion ?

Recenser, sur le 11 septembre, tous les éléments qui clochent, qui interrogent, qui perturbent, reviendrait à noircir un nombre de pages assez désespérant... Se reporter, par exemple, à ces sources vidéo :

Loose Change 2 (EN FRANÇAIS), le film "référence" de Dylan Avery. Durée : 1h 22mn 14sec. La traduction a été assurée par l'équipe de ce site : http://reopen911.online.fr/ qui rouvre à sa façon l'enquête sur les attentats.

Painful Deceptions, un film de Eric Hufschmid, VO sous-titrée en français. Durée : 1h 23mn 44sec. Très didactique, un peu trop à mon goût, beaucoup de répétitions, de longueurs. Mérite néanmoins d'être suivi pas à pas, patiemment, jusqu'au bout. Le film défend la thèse du drone ou du Global Hawk qui aurait heurté le Pentagone, et s'attarde aussi sur la chute du Bâtiment 7 du World Trade Center dont on a bien peu parlé jusque-là (comme si nous ignorions que cet immeuble de 47 étages s'était également effondré... sous l'effet d'explosifs ?).

Everybody's Gotta Learn Sometime, de John Albanese. Beaucoup moins porté sur l'analyse "scientifique" des événements que le film précédent, celui-ci cherche plutôt à saisir le sens politique de toute cette affaire. Fantaisiste parfois dans sa forme. Nombre d'informations qui pourraient être capitales, et dont on ne peut évidemment pas juger par soi-même de la véracité. Une double question, lancinante, traverse le film, à laquelle nous souscrivons : que font les médias ? Pourquoi ce silence ? Pourquoi ce parti pris du non-questionnement ? Et comment réussir à croire que la télé ne dit pas forcément le Vrai ? Durée : 1h 11mn 48sec.

Confronting the Evidence : A Call to Reopen the 9/11 Investigation, le documentaire-conférence de Jimmy Walter. Durée : 2h 40mn 53sec. Un peu longuet bien sûr, mais fort instructif. Tout n'est pas également convaincant. Mais au stade actuel, l'essentiel n'est pas de convaincre d'une nouvelle thèse, non-officielle ; l'essentiel est simplement de questionner : les incohérences, les invraisemblances, les choses éminemment troublantes, les zones d'ombre, les mensonges manifestes, les suspicions évidentes, les omissions étonnantes du Rapport de la Commission d'enquête... Il s'agit de chercher à comprendre ce qui s'est passé, tout bêtement, car nous n'en savons encore rien. Ceux qui prétendent savoir, en gobant la version officielle, doivent admettre, s'ils sont honnêtes, qu'ils sont davantage dans la croyance que dans la connaissance, dans un acte de foi que dans une adhésion de leur esprit à un récit rationnel.

Bien entendu, certains, parmi ces hommes qui s'interrogent, ne tardent pas à interpréter les faits et à donner leur propre version, elle aussi fort douteuse, et bientôt à désigner des coupables et à réclamer des châtiments... Ils prennent appui sur les multiples manipulations dont ont déjà usé les précédents gouvernements américains pour emporter l'opinion récalcitrante de leurs concitoyens. Ils croient discerner dans la catastrophe du 11 septembre le "nouveau Pearl Harbor" qu'appelaient de leurs voeux certains néo-conservateurs en 2000 dans le Project for a New American Century. Il s'agissait, par un événement catalyseur, de susciter le soutien de la population américaine à la stratégie impérialiste promue par les néo-cons, consistant notamment en un développement considérable des dépenses militaires et en des guerres de conquête pour le contrôle des ressources énergétiques au Moyen-Orient. Bref, prudence... Même si l'on peut comprendre que le désir de vérité démange tous ceux qui ne se sont pas laissés endormir par les douces sornettes distillées un peu partout dans les "grands" médias, où l'on n'a décidément pas trop de temps à perdre à la réflexion.

Ce type d'événement bien trouble sur lequel bien peu ont l'envie de revenir me fait de plus en plus penser à ces dogmes religieux qu'on nous demande de gober dès notre enfance et qu'on se refuse parfois soi-même à remettre en doute, tout au long de sa vie, tant on a intériorisé la culpabilité qu'il y a à le faire, et tant le "cela va de soi" l'a emporté, et tant la paresse ne nous incite plus à remuer ce qui a tellement eu le temps de sédimenter.

Un "esprit fort" ne cherche rien d'autre qu'à penser par lui-même, qu'à comprendre par lui-même. Il n'a aucun plaisir particulier à bousculer les croyances établies. Il ne cherche pas à choquer. Il veut, face à un événement, être capable d'établir un récit rationnel de ce qui s'est passé. Si le récit qu'on lui propose lui paraît douteux de toute part, il le récuse provisoirement et commence son enquête.

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